Un peu d'histoire : Bienvenue

 

 

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I. L’enfance

II. Les débuts de la guerre

III. L’entrée en résistance (1942 – 1943)

IV. Une jeune fille active dans la résistance (1943 – 1944)

                       Le parachutage de Lagrave

                       L’attaque de la prison de Gaillac   

                       Un fait d’armes marquant

 

V. Renée à la libération

VI. Renée, résistante reconnue et décorée

                    Article de La Dépêche du Midi, le 12 novembre 2000

VII. Le collège Renée Taillefer

                   Discours de l'inauguration du collège par la principale : Mme Albinet

VIII. Renée Taillefer aujourd’hui.

Sources

 

 

I.     L’enfance
 
Renée Taillefer est née le 9 janvier 1927, à Montans, dans le Tarn.
 
Née  dans  une  famille  déjà  nantie  de  deux  filles,  elle  arrive  la  troisième.  La voyelle que son père avait ajoutée à son prénom préparé pour le fils attendu, indique bien son intention de l’élever comme un garçon.
 
Maçon, il lui apprit très tôt à manier l’équerre et le compas, sans oublier la truelle et le fil à plomb. Renée apprit à faire du mortier, à construire murs et caves en ciment.
Ce  travail,  monter  sur  les  échelles  ou  les  échafaudages  obligeait  Renée  à  porter  des pantalons,  à  une  époque  où  porter  des  vêtements  de  garçon  était  honteux.  Cela  a d’ailleurs valu à Renée une semonce du curé de Montans !  
 
Outre les travaux de maçonnerie, elle travailla avec ses grands-parents dans les champs, et les vignes.
 
Cette éducation assez rude joua un rôle important dans sa vie future : amour du travail bien fait, honnêteté, ténacité. Elle rendait fier son père, qui voyait naître en elle un caractère solide et fort.  
 
Son père était un maçon réputé, travailleur, républicain, anticlérical à ses heures, comme le voulait l’époque, mais farouche patriote, en toutes circonstances.  Il avait fait la guerre et parlait avec émotion de Notre Dame de Lorette ou de la Somme. Quant à la grand-mère  maternelle  de  Renée,  elle  portait  à  jamais  la  blessure  d’un  fils  mort  au champ d’honneur en 1918.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II.    Les débuts de la guerre
 

  Pour la France, la seconde guerre mondiale débute le 3 septembre 1939, avec la déclaration de guerre à l’Allemagne,  mais ce n’est qu’en avril 1940, après « la drôle de guerre » que commencent réellement les combats en
France qui se soldent rapidement par un désastre militaire, qui entraîne l’exode de plusieurs millions de civils vers le Sud. Des milliers de réfugiés, notamment des juifs, trouvent refuge dans le Tarn en 1940. Des centres d'accueil sont
établis   dans   divers   endroits   du   département,   notamment   à   Gaillac,   qui accueille environ 2 500 réfugiés.
        

  Le président du Conseil, Paul Reynaud, est contraint de démissionner. Le maréchal Pétain forme alors un nouveau gouvernement le 16 juin et obtiendra quelques semaines plus tard les pleins pouvoirs.


Il demande aussitôt aux Allemands l’armistice, signé le 22 juin 1940, à Rethondes. Cet armistice impose aux Français de très dures conditions. La France se trouve alors coupée en deux grandes zones délimitées par la ligne de
démarcation,   qui   sépare   la   zone   libre,   au   sud,   où   s’exerce   l’autorité   du gouvernement de Vichy, de la zone occupée par les Allemands, au nord.

 

 

Le Tarn se retrouve alors en zone libre, sous l’autorité du régime de Vichy, Etat autoritaire, dans lequel le maréchal Pétain concentre les pouvoirs. Alors que dans le Tarn, l’armistice de 1940 est accepté par la population avec tristesse et désarroi, mais aussi avec soulagement, dans la famille deRenée   Taillefer,   cet   armistice   suscite   des   sentiments   entre   humiliation   et révolte. L’invasion de la France par les nazis leur est insupportable. Renée se
sent solidaire de ceux qui manifestent   contre une collaboration honteuse et qui refusent l’inacceptable.
Dès le 17 juin 1940, date de la demande d’armistice, certains Français refusent cette perspective, à l’image du général de Gaulle, qui s’envole pourLondres. Le lendemain, le 18 juin, au micro de la BBC, soutenu par le premier
ministre  anglais  Churchill,   il   lance  son  fameux  appel,   afin  de  continuer  le combat. Les Tarnais l’apprennent indirectement : en effet, le quotidien « La dépêche de Toulouse » publie le 20 juin un communiqué évoquant cet appel.Dans la famille de Renée, cet appel du général de Gaulle du 18 juin 1940 suscite la volonté d’agir. Mais comment, avec qui ? La France soutient Pétain, le héros de Verdun. Les Tarnais, ne subissant pas
l’occupation allemande, ne semblent pas particulièrement hostiles au maréchal Pétain et les institutions de l’Etat Français se mettent peu à peu en place.
Cependant,   les   idées   républicaines   commencent   à   être   réprimées,   les arrestations de militants communistes et syndicalistes se multiplient. La peur règne,   bientôt   entretenue   par   la   milice :   dénonciation,   internement   et déportation menace chaque citoyen.Seul un tout petit nombre de Français s’engage alors en résistance.
Dans le Tarn, un des premiers réseaux est le « Front national », dans le nord   du   département.   Ce   réseau   fabrique   et   distribue   des   tracts   anti- vichyssois, réalise de faux papiers, organise des réseaux de renseignement et s’occupe   de   l’hébergement   de   clandestins.   Les   journaux   clandestins,   tels
Combat, Libération ou Franc Tireur ont des représentants dans le Tarn. A Gaillac, trois noyaux de résistance prennent naissance. Le  premier,  chez  Stanislas   Camus,   électricien  auto   rue  de  Pouille,   chez
lequel se retrouvent d’anciens combattants, farouchement anti-allemands. Le second, impulsé par Roger Navarrot, franc-maçon, regroupe syndicalistes et socialistes, qui se retrouvent chez Lucien Flour, rue de Verdun à Gaillac. Le
troisième   réunit   quelques   démocrates   chrétiens   chez   François   de   Solages, prêtre de la paroisse Saint-Jean, anti-pétainiste. Ce prêtre aide notamment des juifs à se cacher. Des contacts s’établissent entre ces groupuscules. Navarrot prend la tête de ce petit rassemblement. Flour dirige les liaisons, c’est un maraîcher très connu car présent sur les marchés. Fin 1941, 2 nouveaux pôles se raccordent au groupe.
Un comité de résistance voit le jour fin mai 1942. Le groupe désigne un triumvirat :   Navarrot,   responsable   politique,   Flour,   responsable   militaire, Camus, responsable de l’armement. Il faut maintenant s’organiser en étant prudent, car la délation a commencé.  Par exemple, Louis Bautes, bourrelier de la   Madeleine,   Bernard   Palis   et   deux   professeurs   du   collège,   Marie-Thérèse Dauty et Suzanne Lacombe, sont arrêtés car ils distribuent des tracts. Radio-Londres est la référence et les ordres des mouvements résistants. Des tracts
circulent   dans   Gaillac,   révélant   l’existence   d’une   résistance   active.   Par exemple, en septembre 1942, un tract demande aux Gaillacois de soustraire aux recherches policières les juifs cachés en leur donnant asile.

 

 
 
III.   L’entrée en résistance (1942 – 1943)
 

1942 marque un tournant. Le 11 novembre, les Allemands envahissent la zone libre, dont le Tarn, rompant les accords de l’armistice de juin 1940. A Gaillac, cela se manifeste par l’arrivée de 700 soldats allemands que le
maire, Joseph Garraud  (nommé par Pétain en remplacement de Jean Calvet),convoqué par le préfet, est dans l’obligation de loger.Cette entrée des troupes allemandes fait prendre conscience aux Tarnais des changements qui sont en train de s’opérer : les arrestations se font plus nombreuses, les restrictions s’amplifient, de même que la répression contre les opposants   et   les   juifs.  L’institution   du  STO   en   février  1943,   ainsi  que   les
attaques incessantes du régime de Vichy et des occupants contre les libertés, amènent à la résistance nombre de personnes.
A Gaillac, fin 1942, Flour prospecte pour poser des antennes résistantesreliées   au   poste   de   commandement   de   Gaillac :   Cadalen,   Lisle-sur-Tarn,Campagnac,   Parisot,   Cordes,   Montans,   Castelnau-de-Montmiral,   Salvagnac.Tâche dangereuse depuis novembre, avec l’occupation allemande. L’armement
devient maintenant indispensable.Le 26 janvier 1943 sont créés les MUR (Mouvements Unis de Résistance) qui
divisent le département en 5 secteurs. Gaillac-Grésigne est l’un de ces secteurs (zone   E).   Le   mouvement   Front   National   reste   autonome,   animé   par   des communistes, et ses troupes, les FTP, sont particulièrement actives.
Des maquis progressivement se forment, dont l’implantation est favorisée par la géographie (secteur boisé pour la Grésigne) et les initiatives locales.
Leur première fonction est de servir de planque à ceux que les autorités et lesoccupants pourchassent, en particulier les réfractaires au STO.C’est à peu près à cette date que la famille Taillefer entre en résistance.Ainsi Renée participe-t-elle à une opération visant à dissuader un paysan zélé qui renseignait l’ennemi sur les fermes bien approvisionnées.
Un soir du printemps 1943, un maçon de Montans qui connaît bien les idées de   la   famille   frappe   chez   eux :   le   MUR   lui   demande   de   former   une « trentaine »,   et   il   cherche   des   combattants   de   l’ombre.   Le   père   accepte aussitôt, et, comme le groupe a besoin d’une jeune fille pour faire les liaisons,Renée est engagée tout de suite dans ce Corps Franc nommé Roger, du nom de son chef Roger Toinote. Contrairement aux maquis, les Corps Francs étaient des groupes que les Allemands ne soupçonnent pas, du moins à cette époque.
Plus   tard,   le   Corps   Franc   Roger,   inquiété   par   des   collaborateurs,   se transformera en maquis.
Renée à peine âgée de 15 ans devient donc agent de liaison entre Roger,le maquis et le poste de commandement dont les chefs sont à Gaillac Flour et Navarrot. Elle passe toutes sortes de barrages allemands et miliciens sans
éveiller   de   soupçons.   L’importance   de   cet   engagement   est   pour   elle   une évidence dès le début, et elle s’y donne entièrement.
La nuit, elle glisse des tracts et des journaux clandestins dans les boîtesaux lettres du village. Elle transmet des informations sur les mouvements de troupes, le nombre d’hommes et de camions, l’heure de leur passage ou la
direction   prise.   Tous   ces   renseignements   ne   sont   fournis   qu’à   une   seule personne pour protéger les réseaux en cas d’arrestation.

 


Or à partir de 1942, la famille commença à réagir.  On  se  prépara  à  lutter  contre  l’occupant.  Ainsi  Renée  participa-t-elle  à  une  opération visant  à  dissuader  un  paysan  zélé  qui  renseignait  l’ennemi  sur  les  fermes  bien approvisionnées.
 
Un soir du printemps 1943, un maçon de Montans qui connaissait bien les idées de  la  famille  frappa  chez  eux :  le  MUR  (Mouvement  Uni  pour  la  Résistance)  lui demandait  de  former  une  « trentaine »,  et  il  cherchait  des  combattants  de  l’ombre.  Le père accepta aussitôt, et, comme le groupe avait besoin d’une jeune fille pour faire les liaisons, Renée fut engagée tout de suite dans ce Corps Franc nommé Roger, du nom de  son  chef  Roger  Toinote.  Contrairement  aux  maquis,  les  Corps  Francs  étaient  des groupes que les Allemands ne soupçonnaient pas, du moins à cette époque. Plus tard, le Corps Franc Roger, inquiété par des collaborateurs, se transformerait en maquis.
 
Renée  à  peine  âgée  de  15  ans  devient  donc  agent  de  liaison  entre  Roger,  le Maquis et le poste de commandement dont les chefs étaient à Gaillac Flour et Navarro. Elle passa toutes sortes de barrages allemands et miliciens sans éveiller de soupçons.L’importance  de  cet  engagement  fut  pour  elle  une  évidence  dès  le  début,  et  elle  s’y donna entièrement.La nuit, elle glissait des tracts et des journaux clandestins dans les boîtes aux lettres du village.
 
Quand  la  zone  libre  ne  le  fut  plus,  elle  transmit  des  informations  sur  les mouvements de troupes, le nombre d’hommes et de camions, l’heure de leur passage ou la direction prise. Tous ces renseignements n’étaient fournis  qu’à une seule personne pour protéger les réseaux en cas d’arrestation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV.   Une jeune fille active dans la résistance  (1943 – 1944)
 
 Fin 1943 arrive à Gaillac un personnage qui va donner plus d’ampleur à la résistance tarnaise et au destin de Renée.
Pierre Vendeven, dit « Vendôme » est un officier d’aviation de l’état-major de Montauban mis à pied par Pétain en raison de son appartenance à la Franc Maçonnerie et de son refus d’obéir aux ordres de Vichy. Par deux fois, il a
échappé de justesse à la Gestapo.Il se joint à la résistance gaillacoise et organise véritablement la résistance
armée. Flour lui remet le commandement, mais Vendôme, Flour et Navarrottravaillent en étroite collaboration.
Vendôme  applique cette devise de la résistance en 3 parties : « veiller »,« résister », «s’unir ».
Cet   homme   de   terrain   transforme   tous   les   résistants   en   véritables combattants. Ancien officier de l’Armée de l’Air, il fait homologuer par Londres un   terrain   près   de   Marssac   qui   permet   deux   parachutages   de   matériel d’Angleterre pour armer les troupes. Il forme 14 Corps francs et 7 maquis.
Renée devient son agent de liaison, et habite chez lui, rue de Verdun, à Gaillac.   Elle   s’y   rend   par   les   jardins,   évitant   les   rues   passantes   et   la gendarmerie. Elle sillonne les routes à bicyclette, de jour et parfois de nuit, et allant jusqu’à Montauban,  pour transmettre des  renseignements  dissimulés
dans ses chaussures, son soutien-gorge ou le guidon de son vélo.


 

Mais elle ne transporte pas que des messages….
Un jour en effet, elle est chargée par Roger, à court d’explosifs, d’allerchercher à Técou, chez Elia Galinier, qui cache chez elle résistants, armes et explosifs, 4 kilos de plastic pour saboter la voie ferrée. Celui-ci est dissimulé
sous des prunes dans un grand sac de provisions accroché au guidon de son vélo et elle revient vers Gaillac, accompagné d’un jeune garçon de 14 ans.
Mais  à Brens,  les  routes sont  barrées  par des chicanes, et les Allemandsarrêtent les passants, vérifient les papiers et fouillent gens et sacoches. Un accrochage avec le maquis de Buzet quelque temps auparavant les a fortement
énervé. Il n’est pas question de faire demi-tour. Pendant que le garçon qui accompagne Renée, terrifié, les mains en l’air est fouillé sans ménagement par un   soldat,   Renée   montre   ses   papiers   au   chef   de   poste   plus   jeune   et apparemment moins brutal, qui s’attardant à regarder sa carte d’identité et mangeant au passage quelques prunes, finit par lui accorder le passage.
Renée   s’habille   en   homme,   porte   un   passe-montagne   et,   ainsi dissimulée,   elle   peut   prendre   part   aux   opérations   courantes :   bloquer   ou retarder trains et camions, chargés de marchandises ou empêcher la livraison de charbon de Carmaux aux bateaux allemands ancrés à Bordeaux.  La peur s’empare d’elle parfois, mais on lui a appris à n’en rien montrer, par respect pour ses camarades. C’est une mission qu’on doit exécuter, c’est tout.
Elle sait aussi confectionner une bombe. Quoi de plus simple ? Des pains de plastic, un détonateur, une amorce, un cordon de bic fort assez long pour qu’on puisse se mettre à l’abri. Et après l’action, chacun rentre chez soi par
des chemins détournés. C’est ainsi que Renée et ses camarades font sauter plusieurs   fois   la   voie   ferrée   entre   Gaillac   et   Lisle-sur-Tarn   jusqu’à   ce   que l’ennemi trouve une parade en mettant un train de voyageurs à la tête du convoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos de maquis en Grésigne

 

 

Le parachutage de Lagrave

Le   2   juin   1944,   la   BBC   annonce   aux   résistants   gaillacois   que   « la baignoire est perdue deux fois », signifiant par là que deux avions largueraient des armes la nuit suivante. Sur le terrain près de Lagrave, il faut organiser la réception de parachutage : une cinquantaine d’hommes s’affairent à barrer les routes, acheminer voitures et camions ainsi que de puissantes torches pour le balisage et les signaux. Un silence mortel s’en suit. L’attente est insoutenable.
Soudain, le bruit de moteurs et l’éclosion de parachutes. La joie et la peur sont mêlées : les armes assurent leur protection, voire leur salut, Londres ne les oublie pas. Mais un parachute ne s’ouvre pas et son container s’écrase au
sol dans   une   explosion.   Son   contenu,   2   mitrailleuses   Browning,   5000 cartouches,   30   grenades   et   leurs   détonateurs   provoque   un   feu   d’artifice, alimenté par des balles traçantes. Il faut bien vite éteindre l’incendie, cacher les armes dans un pigeonnier, disparaître. Or des gens parlent. Les Allemands précieux   matériel.   Une   partie   est   cachée   chez   un   instituteur   de   Gaillac, Monsieur   Cros,   résistant   aussi   impliqué   que   discret.   Mais   il   craint   une perquisition à son domicile, 21 rue du père Gibrat.
En l’absence de tout véhicule à moteur, qui d’autre que Renée pouvait déplacer ce stock d’armes jusqu’à leurs destinataires sans éveiller la méfiance des Allemands, même en plein jour ?  Renée, qu’on a l’habitude de voir passer
avec sa charrette de sacs de ciment attelée à sa jument Minou sera celle qui donnera le change. On cache les armes dans des sacs vides, on ajoute par-dessus pelles et tamis, et la voilà partie avec son chargement. Devant l’église
Saint Michel, tout un groupe d’Allemands est descendu d’un car pour visiter l’abbatiale et ricane en voyant passer pareil équipage, bien loin de se douter que la charmante demoiselle transporte de quoi armer une partie des maquis
du département !Le   6   juin   1944,   à   l’annonce   du   débarquement   de   Normandie,   la résistance prend de l’ampleur : à Gaillac comme ailleurs dans le Tarn, des centaines de volontaires se présentent au maquis : les attentats, sabotages sur les voies ferrées et accrochages se multiplient.
Cette   recrudescence   d’actes   « terroristes »   provoque   un   sentiment d’insécurité pour les troupes d’occupation qui réagissent brutalement. En effet, pour les Allemands, la situation devient vite intenable, tant ils sont harcelés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’attaque de la prison de Gaillac
Le 12 juin 1944, Renée participa à l’attaque de la prison de Gaillac où transitaient 44 détenus du camp de saint Sulpice en partance pour l’Allemagne.
L’opération, pilotée par Vendôme et le capitaine Henri de Carmaux consistait à neutraliser les gendarmes qui patrouillaient, puis ceux qui occupaient les blockhaus entre la gendarmerie et la prison, le tout dans un silence total puisque les Allemands manoeuvraient près de la gare. Mais dès l’ouverture du portail, tous les prisonniers entonnèrent la Marseillaise, et Renée, tout comme ses camarades ne put retenir ses larmes, dans un moment où le mot liberté a tant de prix. Les hommes arrachés à la prison, et surtout à la déportation furent conduits dans un maquis près de Carmaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un fait d’armes marquant
Le 17 août 1944, Rousseau, chef de Corps Franc, averti de la présence de deux Allemands dans le voisinage immédiat de la gare, décida de s’y rendre à vélo. Croisant Renée au bas de la rue saint Pierre (rue Portal), il lui fit part du renseignement et lui demanda de l’accompagner.

Renée raconte l’histoire :
Pas besoin d’en dire plus pour le suivre aussitôt. En abritant nos bicyclettes peu avant la gare, il me glissa l’un de ses deux révolvers puis s’écarta pour une visite des lieux :
« Avance-toi, je te rejoins au plus vite. »
Je traversai le hall et pris à droite le premier quai. Un train de marchandises venant de Tessonnières entrait en gare au ralenti, quelques wagons de voyageurs en protection sur l’avant, ce qui était habituel.

 

Georges Rousseau

Un soldat allemand, nonchalamment appuyé sur le montant de l’ouverture d’un wagon de fret, passa devant moi. J’aperçus alors un faisceau de fusils dans l’angle opposé et des caisses de munitions. Le train stoppa quelques mètres plus loin. Le soldat ne portait pas d’arme.
Emportée par ma fougue de résistante, je me suis avancée et j’ai braqué sur lui mon petit 6-35, l’intimant à descendre. Surpris, il sauta sur le quai, mains derrière la tête.
Georges, qui n’avait repéré aucune présence ennemie à l’extérieur, arriva quelques secondes après et me regarda, stupéfait.
Le chef de gare n’en croyait pas ses yeux. Lui même résistant, mais en service, il courut alerter un compagnon de Corps franc venu le voir ce jour là au bureau, puis appela le P.C. pour demander du renfort.
Georges monta dans le wagon, saisit un fusil, l’arma et me le tendit. Pendant que je tenais sévèrement en joue mon Allemand, il entreprit l’inspection des wagons avec son nouveau camarade.
15 soldats se rendirent ainsi qu’un officier russe « Vlassov » dont je me souviens encore du nom : Mitzetov.
Bientôt, nos amis maquisards prirent la relève, récupérant armes, munitions et matériel de cantine.
Les 17 militaires furent conduits aux « Camboulasses - Saint-Julien, maquis Robert ».

 

 

Cette photo montre le groupe de résistants dans le maquis, juste après cette opération, avec leurs prisonniers allemands (au centre).

 

 

 

 

 

A son retour, Renée eut à essuyer les réprimandes de son chef, partagé entre la peur, pour celle qui était sortie de l’ombre et la fierté pour celle qu’il considèrerait toute sa vie comme sa fille.
 

V. Renée à la libération
Après la libération, Renée, comme beaucoup de ses camarades de l’ombre, voulut continuer le combat en plein jour.
Comme Vendôme prit le commandement d’un groupe de l’artillerie de l’air, le 54ème GAA, dans l’armée du maréchal de Lattre de Tassigny, elle le suivit et s’engagea volontaire dans la première armée française jusqu’à la fin de la guerre. Après un stage à Aix-en-Provence, elle fut nommée adjudant-chef d’encadrement et resta dans l’Allemagne occupée jusqu’en 1946.
 

C’est ainsi que se termina la guerre de celle qui avait choisi de dire non à la capitulation, non à l’occupation, non à la collaboration, qui n’a jamais renoncé à l’idéal qui la portait alors. Pour elle, la résistance fut un acte de foi qui permet d’être debout, de rester debout, de se dépasser pour défendre la liberté. Cette foi donne le courage de dire non, de lutter et rien n’est impossible à celui qui la possède.

 

VI. Renée, résistante reconnue et décorée
Renée Taillefer, Adjudant-chef des FFA (Forces Françaises en Allemagne) au 34ème Corps d’armée aérien du 54ème groupe d’artillerie de l’Air obtint une citation à l’ordre de l’Armée aérienne et l’attribution de la Croix de Guerre avec palme à l’âge de 17 ans, 7 mois et 3 jours.

 

Renée Taillefer, décorée par Vendôme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Renée reçut aussi :
- la Croix de Combattant Volontaire
pour la période 1939 – 1945
- la médaille franco-britannique
- la médaille Rhin et Danube
- la médaille Combattant de moins de 20 ans
- la médaille de la Résistance.
Elle est depuis 1952, titulaire de la plus haute distinction
militaire française, la médaille Militaire, qui n’a été confiée
qu’à 89 femmes à cette date là.
Enfin, elle a été nommée au grade
de Chevalier de la Légion d’Honneur en 2000.
Les médailles reçues par Renée Taillefer

 

 

 


Article de La Dépêche du Midi, le 12 novembre 2000

 

VII. Le collège Renée Taillefer

En hommage au parcours de la Résistance de Renée Taillefer, son nom a été donné au nouveau collège de Gaillac, inauguré en 2011. «Une jeune fille, Tarnaise, de l'âge de nos élèves de 3e, s'était illustrée, ici même par son courage et sa détermination à se placer du côté de la solidarité, de la loyauté et de l'humanité. » C'est en ces termes et à travers un discours sensible et éloquent, que Brigitte Albinet, principale du nouveau collège de Gaillac, a rendu hommage, hier et en sa présence, à Renée Taillefer-Mège. Le collège ouvert depuis septembre porte désormais le nom de celle qui dès l'âge de 15 ans, en 1943, s'était investie dans la résistance, comme agent de liaison proche du colonel Vendôme. L'année suivante, en 1944, Renée Taillefer participait aux combats dont l'attaque de la prison de Gaillac. Un engagement sans faille qui lui vaudra la médaille militaire en 1952, la croix de guerre avec palme en 1945 et le grade de chevalier de la légion d'honneur depuis 2000. Mais hier, sagement assise sur une chaise pour écouter les discours, tous élogieux, de la principale, d'Éric Tournier, l'inspecteur d'académie ou de Thierry Carcenac, président du conseil général, Renée Taillefer vibrait du plaisir simple de se trouver là. «un tel bonheur» « Qu'un tel bonheur me soit accordé » a commenté l'intéressée, visiblement émue de se trouver dans un collège qui porte son nom, « honore tous les résistants de l'ouest du Tarn... Les adolescents pourront découvrir, en s'interrogeant sur mon nom, que des jeunes proches de leur âge ont combattu pour leur liberté à tous ». « Les deux autres établissements du secondaire ayant fait la part belle à de grands écrivains masculins… nous souhaitions nous illustrer par un nom de femme », avait revendiqué Brigitte Albinet, avant que les élèves de 3e B-C et D n'entonnent un chant des partisans que n'a pas manqué de fredonner avec eux une Renée Taillefer radieuse. « C'est une dame exceptionnelle; la voir comme ça, ça fait plaisir » ont confié Camille Bradfer et Chloé Cabrit, élèves en 3e C, qui ont tenu à poser pour une photo souvenir avec leur héroïne du jour.

La Dépêche du midi, 14 janvier 2011

Lire le discours de Madame Albinet, Principale du collège Renée Taillefer lors de son
inauguration, le 13 janvier 2011 : DISCOURS

 

VIII. Renée Taillefer aujourd’hui.
Renée témoigne aujourd’hui, dans les écoles, collèges et lycées, sans se mettre en avant, sans juger, avec cette réserve élégante qu’elle porte avec elle. Elle parle aux élèves de ce qui fut son combat, mais toujours en mettant en avant l’action du groupe et de ceux qui y ont laissé leur vie.

 

 

 

 

 

 

 

Renée Mège (Taillefer), en compagnie de Raymond Aubrac et de Michèle Rieux, maire de Gaillac. Mairie de Gaillac, le 26 mars 2009.
Membre de plusieurs associations, elle participe activement aux cérémonies commémoratives, elle ne manque jamais celles du 8 mai et du 11 novembre.

 

 

 

 

 

photo la Dépêche du Midi, 21 août 2010

 

 

 

 

 

 

 

Photo la Dépêche du Midi, 24 août 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dépôt d'une gerbe lors de la cérémonie du 11 novembre 2013 au monument aux morts de Gaillac (place de la Libération) .

Sont présents sur la photo : Vincent Girounes, Valentin Girounes, Madame Mège, Madame Smorag-Boutet.

 

Photo la Dépêche du Midi, 9 mai 2012

 

 

 

 

 

Sources :
 Archives personnelles de Renée Mège, dont le récit de sa vie fait par une amie et photos diverses.
 La résistance dans le gaillacois, de Bernard Charles, éditions Delga
 articles de la Dépêche du Midi, version papier et internet

 

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par admin esco le 24 mars 2016 à 10:31

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